Résidence canadienne – automne 2025

(6 NOVEMBRE – 4 DÉCEMBRE 2025)

Open Studio

Vendredi 28 novembre 2025

Le Château de La Napoule a organisé, le 28 novembre 2025, l’Open Studio de sa résidence canadienne d’automne, réunissant dix artistes invité·es en résidence du 6 novembre au 4 décembre 2025, en partenariat avec la Fondation David R. Graham (Fondation DRG).

Pensée comme un temps fort de partage, cette ouverture publique a permis de rencontrer les résident·es dans leurs espaces de travail, au Château comme à la Villa Marguerite, et de découvrir les recherches en cours : œuvres visuelles, textes, lectures, installations, expérimentations autour de la matière, du récit, et de la lumière.

Au cœur de la mission de la Napoule Art Foundation – offrir du temps, de l’espace et un cadre stimulant pour la création et le dialogue interculturel – cette soirée a mis en évidence la pluralité des pratiques, autant que la cohérence des questionnements : mémoire des lieux, réappropriation des symboles, circulation entre disciplines, et attention fine aux surfaces, aux gestes, aux traces.


Haley Alakan White : savoir-faire, transmission et modernité

À la Villa Marguerite, Haley Alakan White, artiste inuk originaire de Rankin Inlet (Nunavut), a ouvert la soirée en présentant un ensemble de créations réalisées durant la résidence. Travaux de couture, patrons et pièces textiles dialoguaient avec des matériaux qu’elle avait apportés de chez elle, ressources animales telles que poils, dents ou cornes, inscrivant son travail dans une continuité directe avec les savoirs liés à la chasse et à l’usage respectueux du vivant, tout en portant un regard résolument contemporain sur les formes, les usages et les contextes de présentation.

Son échange avec le public a mis en lumière l’importance culturelle et affective du vêtement, pensé à la fois comme protection, affirmation identitaire et transmission. Une pièce de vêtement féminin a particulièrement retenu l’attention : conçue à la fois comme habit d’apparat et comme vêtement destiné à porter un enfant dans le dos, elle renvoie à des pratiques traditionnelles où les nourrissons sont ainsi portés jusqu’à environ un an, rappelant les usages traditionnels où l’enfant demeure près du corps, dans un geste de soin et de continuité.

  • Haley Alakan White's studio in Villa Marguerite | Photo credit: Laurent Barnavon

Myfanwy MacLeod, entre humour, mémoire et culture populaire

En parallèle de la résidence canadienne d’automne, l’artiste canadienne Myfanwy MacLeod (Vancouver) est accueillie au Château depuis septembre dans le cadre de la Master Residency 2025, soutenue par la Fondation DRG. À l’occasion de l’Open Studio, elle a exceptionnellement ouvert son atelier et présenté les premières étapes de Trophies, un nouveau corpus en préparation pour son exposition à la Burnaby Art Gallery (juin 2026).

Dans le Noele Clews Studio, les visiteurs ont découvert un ensemble de céramiques, collages sur carton entoilé et recherches picturales jouant sur la stratification des surfaces (toile de jute perforée, trame de nappe vichy, traces évoquant des taches de pizza). Ces marques accidentelles, au cœur de son processus, revendiquent l’influence du Color Field Painting, et notamment du travail de Helen Frankenthaler, dans une approche où la matière, la gravité et l’imprévu participent pleinement à la composition. L’ensemble révèle une pratique marquée par une tension assumée entre satire et contemplation, où l’humour devient un outil critique pour interroger les mythologies culturelles contemporaines.

  • Myfanwy MacLeod's studio | Photo credit: Laurent Barnavon

Sharon Norwood : symboles, pouvoir et gestes de réparation

Artiste interdisciplinaire travaillant le dessin, la céramique et l’installation, Sharon Norwood développe une pratique qui interroge les systèmes de beauté, de race et de pouvoir, en s’attachant à la charge symbolique des formes et des gestes.

Lors de l’Open Studio, elle a présenté de nombreux dessins articulés autour d’un motif récurrent, le cheveu noir frisé, envisagé comme signe de présence, de style et d’affirmation identitaire. Dans le contexte du Château, ce travail prenait une dimension particulière : investir un lieu historiquement associé au luxe, au prestige et à des structures de pouvoir revenait aussi à questionner les récits qui l’ont façonné, dans des espaces où, historiquement, les personnes noires ont été assignées à des positions subalternes, marginalisées ou exclues.
Par ce geste symbolique, l’artiste opère un déplacement du regard, transformant le lieu en espace de visibilité, de réappropriation et de relecture critique.

  • Sharon Norwood's studio | Photo credit: Laurent Barnavon

Jordan Kawchuk : écrire l’addiction

Auteur de non-fiction créative, journaliste et producteur, Jordan Kawchuk écrit des récits vulnérables et parfois teintés d’humour sur les centres de traitement des addictions et son propre rétablissement.

Dans le Salon de Marie, il a livré une lecture bouleversante d’un texte écrit à La Napoule, évoquant la rechute, le poids de l’alcoolisme et la difficulté de “remonter à la surface”. L’écoute collective, dense et silencieuse, rappelait la puissance du récit comme acte de lucidité, et, peut-être, comme seuil de guérison.

  • Jordan Kawchuk's reading | Photo credit: Laurent Barnavon

Jamiyla Lowe : livre, lieu, et fabrique du récit

Artiste illustratrice et sérigraphe, Jamiyla Lowe travaille les zones de frottement entre fantasme et réalité, précarité et désir.

Elle a présenté un projet de livre situé dans un hôtel délabré, peuplé de figures cabossées, un microcosme où l’architecture devient métaphore. Sur les marches du hall d’entrée, sa prise de parole a souligné combien le Château, avec ses pièces et ses atmosphères, avait nourri la structure même de son ouvrage. Elle a ensuite invité le public dans son atelier pour partager esquisses et processus.

  • Jamiyla Lowe's introduction speech | Photo credit: Laurent Barnavon

Chloë Charce : ornements, architecture et mémoire collective

Artiste multidisciplinaire, Chloë Charce explore disparition, temporalité et mémoire à travers sculpture, photo, vidéo et installation, en travaillant lumière et matière.

Pendant la résidence, elle a pu développer Une vie de château, un répertoire d’ornements inspirés de l’architecture éclectique du Château, de ses jardins et des façades des environs.

Lors de l’Open Studio, elle a présenté des éléments collectés puis transformés (fragments liés au bâti, portants de fenêtres peints, empreintes et moulages) : une manière de faire dialoguer le patrimoine avec un langage sculptural contemporain, tout en rendant visible le rôle de la lumière du Sud comme agent de composition.

  • Chloë Charce's studio | Photo credit: Laurent Barnavon

Craig Stuart Love : peinture, texte et traces du lieu

Peintre et artiste visuel, Craig Stuart Love développe une pratique où peinture et texte dialoguent étroitement. Ses œuvres fonctionnent comme des détours sensibles, explorant les glissements entre observation, interprétation et abstraction, et la manière dont le langage, écrit ou peint, demeure toujours approximatif et instable.

Durant la résidence, il s’est appuyé sur des techniques de frottage pour prélever les surfaces du Château et les intégrer à ses peintures, inscrivant le lieu dans le processus même de création. Son travail repose sur la variation et la reprise, chaque pièce agissant comme une impression ouverte, en perpétuelle transformation.

  • Craig Stuart Love's studio | Photo credit: Laurent Barnavon

Jay Mosher : lumière, perception et désorientation des espaces

Artiste visuel dont la pratique associe installation, image et dispositifs lumineux, Jay Mosher a développé à La Napoule une installation vidéo et lumineuse réimaginant le Château comme architecture surréelle de texture et de lumière. Lors de l’Open Studio, il a montré un film construit à partir de photographies prises dans des zones et des lumières difficiles à identifier, créant une sensation d’étrangeté et de déplacement du réel. La bande-son, composée et réalisée par le musicien et artiste sonore Jairus Sharif, accompagnait le film et participait à la construction de l’expérience.

Une expérience qui s’est prolongée par une intervention lumineuse sur l’une des tours du Château, où un faisceau laser venait révéler les variations de lumière et de texture de l’espace.

  • Jay Mosher's studio | Photo credit: Laurent Barnavon

Jairus Sharif : improvisation, écoute et résonances du lieu

Musicien et artiste sonore, Jairus Sharif développe une pratique où le son est envisagé comme une matière sculpturale, oscillant entre abstraction et attention méditative. Il conçoit le studio comme un instrument à part entière, et travaille à partir d’un ensemble évolutif d’électronique, d’instruments traditionnels et d’outils fabriqués, faisant dialoguer improvisation libre, traditions musicales, hip-hop et dimension spirituelle de l’écoute.

Lors de l’Open Studio, il a présenté son atelier et rejoué en live une pièce composée pour le film de Jay Mosher. Les traces laissées sur les murs par l’artiste Ietef « DJ Cavem » Vita, graffitis et poèmes issus de la résidence précédente, ont constitué un point de résonance important avec sa pratique, nourrissant une réflexion sur la mémoire du lieu et la continuité des gestes créatifs.

  • Jairus Sharif's studio | Photo credit: Laurent Barnavon

Jacinthe Loranger : satire douce, IA et enluminures dystopiques

Artiste multidisciplinaire, Jacinthe Loranger aborde, avec humour et critique sociale, les imaginaires complotistes, les dérives idéologiques et les zones grises entre croyance, bien-être et manipulation. À La Napoule, elle a développé un ensemble inspiré des enluminures médiévales, de l’histoire d’Henry et Marie Clews et des images générées par IA. À travers dessin, céramique et vidéo, l’artiste dévoile une sorte de dystopie satirique et absurde sur notre rapport contemporain à la vérité.

Lors de la soirée, elle a présenté des expérimentations mêlant images du Château, transformations algorithmiques et détournements : un théâtre d’absurde où l’iconographie patrimoniale devient surface de friction politique.

  • Jacinthe Loranger's studio | Photo credit: Laurent Barnavon

Frédérique Marseille : tatouage, écriture et économie du réel

Autrice et artiste visuelle, Frédérique Marseille explore féminisme, maternité, corps, urbanité et territoires éloignés, à la croisée littérature/arts visuels.

Lors de l’Open Studio, elle a choisi de mettre au premier plan son activité de tatoueuse, en installant un laboratoire éphémère et en tatouant Haley Alakan White dans la salle à manger gothique. Un geste performatif et assumé, inscrivant le Château sur la peau d’Alakan White avant son retour vers le Nord. Son travail d’écriture, quant à lui, se déployait plus discrètement à travers des extraits de textes imprimés, laissés à disposition des visiteurs.
Par ce déplacement, l’artiste a ouvert une conversation directe sur la réalité économique de la création : on est rarement « juste » artiste, et le travail qui permet, concrètement, de faire exister une pratique artistique, mérite tout autant d’être mis en lumière.

  • Frédérique Marseille tattooing Alakan White | Photo credit: Laurent Barnavon

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