(Fin janvier – février 2026)
Février compte parmi les périodes les plus animées au Château de La Napoule. Entre visiteurs de passage, habitants, artistes invité·es et ateliers, les espaces changent de rythme presque chaque jour. Au fil des semaines, le lieu s’est laissé traverser par des pratiques très différentes, dessiner, écouter, écrire, filmer, qui avaient pourtant un point commun : prêter attention à ce qui s’y passe plutôt que simplement le regarder.
Dessiner avec le corps
Le dernier week-end de janvier, l’artiste Rachel Berkowitz revenait au Château dans le cadre de Mon Week-end aux Musées ! pour proposer Dancing Lines, un atelier inspiré de Kandinsky où l’on ne dessine pas ce que l’on voit, mais ce que l’on ressent.
La séance commençait sans crayons : d’abord des étirements, en musique, pour délier le corps avant la main. Pour Rachel Berkowitz, peindre relève autant de la performance que de la danse, la musique fait partie intégrante de son processus de création.
Sur une grande fresque collective déroulée au sol, participant·es et familles dessinaient ensemble, tour à tour au marqueur noir, aux feutres colorés puis à la peinture, guidés par l’artiste et une bande-son passant de Queen à Aznavour. Les gestes prenaient le relais du regard : spirales, rythmes, élans. Le dessin devenait mouvement partagé.
Pendant quelques heures, les visiteurs ne regardaient plus des œuvres : ils expérimentaient leur propre langage visuel.
À proximité, son partenaire, le comédien et artiste tatoueur Greg Berman, installait un salon de tatouages éphémères. Les participants repartaient avec une trace sur la peau autant que sur le papier, souvenir d’un moment vécu plutôt qu’une simple activité.
Écouter, sentir, écrire
Quelques jours plus tard, les jardins devenaient terrain d’exploration sensorielle avec la poète et artiste Stéphanie Filion, en écho à l’exposition de Cynthia Imogen Hammond.
On y cherchait les sons presque invisibles : vent, fontaines, végétaux.
On cartographiait les odeurs du mimosa et des jardins.
On écrivait à partir de ce qui échappe habituellement à l’attention.
Pour la Saint-Valentin, sa machine à poèmes offrait à chaque visiteur un texte unique, trace intime d’une rencontre de quelques minutes. Ici encore, l’expérience ne consistait pas à apprendre quelque chose sur le lieu, mais à le vivre autrement.
Vernissage sous la pluie
Le 13 février, une centaine de personnes ont bravé la pluie pour découvrir Les Jardins de Marie – Kingdoms within kingdoms de l’artiste canadienne Cynthia Imogen Hammond.
La soirée s’est déroulée en présence de l’artiste et d’Henry Clews, descendant des fondateurs du Château. Les visiteurs circulaient entre peintures, esquisses et documents d’archives, passant sans cesse d’images anciennes aux interprétations peintes d’aujourd’hui.
L’exposition prend appui sur les recherches menées par l’artiste dans les archives et dans les jardins eux-mêmes. Oiseaux observés autrefois, animaux présents aujourd’hui, souvenirs racontés, paysages encore visibles : tout y apparaît comme appartenant au même temps, celui du lieu.
Un buffet inspiré des jardins préparé par la cheffe Myriam du Comptoir de Myriam, où couleurs végétales, mimosa et bougies faisaient écho aux peintures, prolongeant l’expérience hors des salles, comme une présence plus concrète du paysage.
La soirée s’est ouverte vers l’extérieur : depuis le Château, le feu d’artifice annonçant le début de la Fête du Mimosa réunissait visiteurs et habitants face à la mer. L’exposition commençait ainsi au moment même où la ville entrait en fête, du regard intime porté sur le jardin à une célébration collective du territoire.
Filmer les marges
Quelques jours après le vernissage, le réalisateur et ancien résident Dan Popa est revenu au Château pour présenter à l’équipe son court métrage Jeux de correspondance, co-réalisé avec Hoda Adra.
Tourné pendant les Jeux olympiques de Paris, le film ne montre presque jamais les compétitions : il observe plutôt ce qui se passe autour, les attentes, les circulations, les discussions, les instants suspendus entre deux événements. Une manière de documenter un moment collectif en regardant ses périphéries.
La projection prolongeait discrètement les questions traversant l’exposition : comment garder trace d’un lieu ou d’un instant sans le figer, comment enregistrer une atmosphère plutôt qu’un fait.
Écouter le lieu
Le 22 février, le Château accueillera le designer sonore Shawn Pinchbeck dans le cadre du festival Les Visiteurs du Soir.
Lors de ses résidences en 2024 et 2025, l’artiste a enregistré vagues, pas, cloches et résonances des espaces pour composer une pièce immersive à partir de l’identité sonore du site. Sa rencontre avec le public permettra d’entendre ces fragments transformés, non plus comme des bruits familiers, mais comme la matière d’une écoute.
Après le geste, l’écriture et l’image, le lieu continue ainsi d’être exploré par le son.
Au fil du mois, le Château aura été traversé par des gestes, des mots, des images et des sons, autant de manières différentes d’habiter un même lieu sans jamais l’épuiser.
L’exposition Les Jardins de Marie – Kingdoms within kingdoms de Cynthia Imogen Hammond reste visible jusqu’au 1er mars et prolonge cette attention : regarder le jardin non comme un décor, mais comme un espace encore actif, fait de présences passées et présentes.
























