Mirabello Family Residency

(6 OCTOBRE – 3 NOVEMBRE 2025)

Open Studio

Vendredi 31 octobre

Le Château de La Napoule a organisé, le 31 octobre 2025, l’Open Studio de la Mirabello Family Residency. Ce programme international de résidence est rendu possible grâce au soutien de la famille Mirabello et mené en partenariat avec l’Ambassade de France en Inde, l’Institut français en Inde et la Villa Swagatam. Cette résidence, qui s’inscrit pleinement dans la mission de la Napoule Art Foundation, offre aux artistes un contexte de travail favorisant la recherche, l’expérimentation et le dialogue interculturel. Plus d’une centaine de visiteurs ont assisté à cette ouverture publique, introduite par la directrice du Château. Une soirée qui a mis en avant les axes structurants de la résidence : accompagner des pratiques émergentes ou confirmées, soutenir la production d’œuvres nouvelles et encourager la circulation des idées entre disciplines et territoires.

Villa Marguerite : premières présentations

La soirée a débuté à la Villa Marguerite avec l’artiste Tabitha Soren, qui a présenté une sélection de travaux en cours. Sa pratique interroge la matérialité de l’image photographique à travers des interventions manuelles – brûlures, peintures, superpositions – qui opèrent comme autant de perturbations volontaires du médium. Ses recherches textiles autour de la série Madonna and Child (Madone à l’enfant) ouvrent une réflexion sur le statut des images dans leur passage du numérique au tissu, et sur les opérations de réécriture symbolique que permet la broderie. Dans l’atelier voisin, l’écrivaine et productrice audio Erin Anderson a proposé une écoute immersive d’un extrait de Cement City, son podcast documentaire récompensé, consacré à la petite ville post-industrielle de Donora (Pennsylvanie). L’écoute, accompagnée de photographies prises sur le terrain, a révélé la portée politique et humaine de son approche documentaire. Son travail, qui relève autant de l’enquête que de l’ethnographie sonore, interroge la capacité des récits locaux à refléter les fractures plus larges qui traversent la société américaine contemporaine.

Ateliers du Château : pratiques, récits et matières

Dans la tour des tombeaux, Sajid Wajid Shaikh a dévoilé un ensemble d’expérimentations traversant le dessin, la céramique, la peinture et l’installation. Inspiré par l’imaginaire symboliste et le bestiaire sculpté d’Henry Clews, il développe une approche intuitive du geste, fondée sur la notion de présence spirituelle et d’écoute du lieu. Certaines œuvres intègrent des dispositifs anti-oiseaux trouvés sur le site, détournés en éléments sculpturaux, ouvrant une réflexion critique sur la violence, la paix et la représentation du conflit.
L’atelier de Karina Akopyan proposait une recherche articulée autour des codes vestimentaires élisabéthains et de la figure d’Henri VIII. Entre illustration et sculpture-vêtement, l’artiste examine les mécanismes de construction du pouvoir, les identités de genre et la dimension performative du costume. Ses expérimentations sur latex, pensé comme surface d’écriture ou de projection, abordent la question du corps comme interface.
L’écrivaine Garance Meillon a ensuite proposé la lecture d’un extrait de son roman, La Langue de l’ennemi (Gallimard, 2023), lauréat de la Fondation des Treilles et de la Villa Marguerite Yourcenar, et sélectionné pour le Prix Honoré-de-Balzac. Le livre met en scène l’emprise progressive du langage professionnel sur la sphère intime d’un couple, révélant comment les discours normatifs façonnent, parfois malgré nous, nos relations et notre façon d’habiter le monde. Sa lecture, précise et sensible, a offert un temps de respiration et de réflexion au cœur du parcours.
Dans son atelier, la plasticienne Agathe Roger présentait un ensemble de pièces réalisées en papier de soie travaillé à partir de matériaux naturels : café, pigments, laine. Par un jeu de transformation de la surface, elle crée des formes proches du minéral qui interrogent la fragilité et la persistance des matières.
Dans l’atelier attenant, Chelsea Kaiah James présentait des œuvres mêlant traditions autochtones et inspirations locales : tissages de perles, branches d’olivier, feuilles d’eucalyptus. Un dialogue sensible entre la mémoire de ses origines Ute et Apache et la nature méditerranéenne environnante.
Innä Morales, quant à elle, proposait une œuvre participative visant à interroger la mémoire corporelle et les liens intergénérationnels féminins : les visiteurs étaient invités à répondre à une série de questions poétiques (« Quel regard t’a appris à te voir autrement ? », « Quel geste d’une autre femme vit encore dans ton corps ? »). Les réponses déposées dans des boîtes en céramique réalisées par l’artiste constituaient un corpus sensible, ancré dans l’expérience intime et collective.
Enfin, la visite s’est achevée dans l’atelier de Dr. Ietef “DJ Cavem” Vita, pionnier du mouvement eco hip-hop et prêtre initié de la tradition Ifa. Son installation, intitulée Orisa Graffiti & the Sacred Language of the Streets, transformait les murs de son atelier en autels symboliques, où chaque couleur devenait vibration et chaque motif, prière. À la croisée du graffiti, du rituel et de la culture hip-hop, son travail fusionne la calligraphie urbaine et les codes spirituels des Orishas, tissant un dialogue entre terre, art et divinité. Influencé par ses séjours au Nigeria et par certaines figures de la scène graffiti contemporaine, il conçoit la création comme un acte de mémoire et de guérison. L’artiste a également invité le public à participer à un rite d’hommage aux ancêtres, soulignant la dimension profondément spirituelle et communautaire de son approche.

Un moment de clôture partagé

  La soirée s’est terminée autour d’un moment d’échange réunissant artistes, visiteurs et équipe de la Fondation. Les retours du public ont mis en avant la qualité des pratiques présentées, la diversité des approches et la pertinence des recherches menées durant la résidence. Cet Open Studio confirme la volonté du Château de La Napoule de soutenir des trajectoires artistiques internationales et des démarches ancrées dans les enjeux contemporains, en offrant un espace de travail propice à l’expérimentation, à la réflexion critique et à la création.

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