Vanessa Enríquez
À l’écoute de ce qui disparaît
Entretien avec Vanessa Enríquez (2025)
Votre exposition Transponder II – When Stars Fall Silent explore la disparition, la résonance et la mémoire. Quel a été le point de départ de cette recherche ?
« Le décès de ma mère en début d’année m’a profondément marquée. Il m’a amenée à réfléchir à ce qui subsiste — à ce qui résonne dans nos esprits au-delà de la présence physique d’une personne. Le carbone de nos cellules, le fer de notre sang, le calcium de nos os — tout cela a un jour appartenu à une étoile ancienne. Cela m’a poussée à penser au cycle des étoiles, et à la manière dont la mort de l’une peut engendrer les conditions de naissance de plusieurs autres.
Il y avait en moi un désir d’honorer ce qui disparaît — qu’il s’agisse de corps, de paysages, de langues ou de fréquences — et d’explorer comment la résonance peut devenir un réceptacle de la mémoire. »
Vous avez conçu cette exposition in situ au Château de La Napoule. Pouvez-vous nous parler du processus, et de l’influence du lieu sur vos choix artistiques ?
« Mon travail est souvent conçu en relation avec le site. Ici, la galerie avait une configuration très particulière, avec deux espaces, chacun doté d’un grand puits de lumière. Ce lien direct avec le ciel a été essentiel dans la conception des œuvres. L’arche qui relie ces deux salles est devenue un passage clé, activé par les panneaux de nida.
Plutôt que d’imposer l’œuvre à l’espace, j’ai laissé l’espace guider l’œuvre. J’ai pensé l’exposition comme une série d’interventions discrètes — des gestes à l’écoute des fréquences déjà présentes dans le Château.
La proximité de la mer a aussi joué un rôle important. Le va-et-vient des marées, cette pulsation constante de disparition et de réapparition, fait écho à mes recherches sur la résonance et les signaux qui s’évanouissent. »
Le nida, matériau utilisé dans l’aérospatiale, est omniprésent dans cette exposition. Qu’est-ce qui vous a attirée vers ce matériau en particulier ?
« J’ai découvert le nida en 2019, lors d’une résidence au Château, au cours d’une visite chez Thales. Parmi les nombreux matériaux industriels, ces panneaux en nid d’abeille en aluminium ont immédiatement retenu mon attention. Leur structure évoque une architecture du vide — un intérieur conçu pour rester invisible, dissimulé sous des couches de protection.
Ce qui m’intéressait, c’était d’exposer cette anatomie intérieure, de faire de ses vides une part du récit.
Comme la bande magnétique VHS que j’ai longuement explorée, le nida possède une qualité paradoxale : il oscille entre opacité et transparence selon l’angle du regard et le jeu de la lumière. Travailler avec un matériau conçu pour l’espace m’a ouvert un champ métaphorique : dans cette exposition, il devient un porteur — un transpondeur d’absence, une surface de transmission pour des dimensions invisibles aux sens. »
Votre pratique semble mêler sculpture, installation et rituel. Comment décririez-vous son évolution ces dernières années ?
« Je vois mon parcours comme un déploiement progressif de mon exploration de la conscience.
Avec le temps, mon travail s’est de plus en plus concentré sur la présence — comment elle se construit, comment elle s’efface, et comment elle peut être ressentie au-delà du visible ou du matériel.
Même si le dessin était à l’origine mon langage principal, ma pratique s’est élargie à l’espace, au temps et au son. La sculpture et l’installation sont devenues pour moi des manières de contenir le vide, de modeler le silence, de créer des environnements propices à une attention plus lente.
Inspirée par Pauline Oliveros, j’adopte l’écoute profonde comme cadre pour dialoguer avec les matériaux — élargir ma perception et leur permettre de révéler leurs rythmes propres, leurs résistances, leurs transformations subtiles. »
En tant qu’artiste en résidence ici, quel lien personnel ou artistique avez-vous tissé avec le Château et son histoire ?
« Dès ma première résidence au Château, j’ai été captivée par sa proximité avec la mer, ses jardins, et l’épaisseur de son histoire. Il y a ici une présence palpable, façonnée par des siècles de transformation et de résilience.
J’ai eu deux fois la chance de travailler dans la tour, d’habiter cet espace voûté et d’expérimenter sa résonance unique — un lieu où les voix semblent rester suspendues dans l’air.
En travaillant ici, j’ai eu le sentiment d’entrer dans un courant continu, nourri par l’idée que l’art peut être une force de transformation profonde »