Carnets de la Fondation : Créer avec le Château

(Juillet 2026)

En juillet, un drapeau s’est élevé au sommet d’une tour, une rainette s’est glissée dans une peinture et les murmures du Château sont devenus une œuvre.

Sur la Côte d’Azur, l’été accélère le rythme, tandis que la chaleur révèle la fragilité croissante de nos paysages. À La Napoule, nous choisissons l’attention : le temps d’observer une œuvre en train de naître, d’écouter les sons familiers et de laisser un lieu transformer notre regard.

La Fondation défend une culture ouverte sur le monde, capable d’accueillir des récits pluriels et de rendre visibles des expériences longtemps laissées à ses marges. En juillet, cette vision a traversé les créations d’Erin LeAnn Mitchell, de Kaitlyn Tucek et de Shawn Pinchbeck.


Faire place aux œuvres

Dans les semaines précédant l’ouverture de Mise en abyme, la Galerie Blanche s’est progressivement transformée. Peintures, textiles et assemblages ont trouvé leur place au fil des échanges et des ajustements, révélant les correspondances entre les univers d’Erin LeAnn Mitchell et de Kaitlyn Tucek.

Toutes deux avaient déjà été accueillies en résidence par La Napoule Art Foundation. Leur retour au Château a ravivé une relation déjà familière avec son architecture, sa lumière et ses histoires. Les conversations et les observations partagées pendant leur séjour ont également nourri l’exposition.

Les photographies du montage rendent visible un travail habituellement discret. Artistes et équipes ont déplacé, assemblé et ajusté les œuvres jusqu’à trouver leur juste place dans la Galerie Blanche.


Deux œuvres nées du lieu

There Is a Safe Place to Land et The Unicorn Rests in a Garden portent chacune la trace du séjour des artistes à La Napoule. Un drapeau gagne le sommet d’une tour ; une rainette découverte au détour d’une conversation rejoint les figures d’une peinture.

There Is a Safe Place to Land

Le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, Erin LeAnn Mitchell a hissé au sommet de la plus haute tour du Château un drapeau créé pour l’exposition.

La levée de There Is a Safe Place to Land a été accompagnée par Going Home, interprété par Alice Coltrane sur l’album Lord of Lords, paru en 1972. Erin LeAnn Mitchell est particulièrement sensible à la dimension spirituelle et céleste de cet album, ainsi qu’à la mélancolie de ce spiritual afro-américain nourri du gospel et de l’héritage culturel du Sud des États-Unis.

Ce chant fait résonner les questions qui traversent son travail : la migration, l’appartenance, la mémoire de la diaspora africaine et la recherche d’un refuge. À travers l’accumulation des matières, des motifs et des gestes, l’artiste rassemble les fragments d’histoires dispersées ou effacées.

Face à la Méditerranée, le drapeau, souvent synonyme de conquête, indique ici plutôt la possibilité d’un accueil et d’un lieu sûr où se poser. Le vent, la lumière et l’architecture entrent à leur tour dans l’œuvre.

The Unicorn Rests in a Garden

Kaitlyn Tucek a entièrement réalisé The Unicorn Rests in a Garden durant les semaines de résidence précédant l’exposition. Son support a voyagé depuis les États-Unis : une structure porteuse en bois de peuplier fabriquée spécialement pour ce projet par l’artiste Eric R. Dallimore, lui aussi accueilli par le passé en résidence à La Napoule.

À son arrivée, Kaitlyn entend raconter que quelques rainettes avaient trouvé leur chemin jusque dans les canalisations du Château. L’idée la ravit. Ces petites habitantes inattendues semblaient s’être installées dans le monument pour y mener, à leur manière, la vie de château.

L’artiste avait déjà défini la composition générale de la peinture. Les figures restaient encore à découvrir. La rainette fut l’une des premières à s’y inviter. Elle illustre ce que Kaitlyn décrit comme une « collaboration avec l’observation » : chaque conversation, rencontre ou association peut ouvrir une nouvelle direction dans le récit.

Le titre fait référence à l’une des célèbres tapisseries de la licorne conservées aux Cloisters, le département d’art médiéval du Metropolitan Museum of Art de New York. La créature y repose, attachée à un grenadier au centre d’un enclos. La faible hauteur de la clôture et la chaîne lâche donnent à sa présence dans le jardin le caractère d’un choix.

La peinture réunit ainsi une référence médiévale, un support façonné par un autre artiste de la communauté de La Napoule et une anecdote recueillie au Château. Ces différentes strates composent une œuvre profondément liée au temps de la résidence.


À la rencontre du public

Le 10 juillet, plus de 200 personnes ont franchi les portes du Château pour le vernissage de Mise en abyme. Après plusieurs semaines de création et de montage, l’exposition s’est ouverte aux regards et aux interprétations du public.

Dans un entretien filmé pendant leur séjour, Erin LeAnn Mitchell et Kaitlyn Tucek reviennent sur leur expérience de la résidence, leurs recherches et le dialogue développé au fil de la préparation de l’exposition.

Découvrir l’entretien vidéo avec les artistes


Une écologie de l’écoute

Le 19 juillet, Shawn Pinchbeck a présenté Murmures du Château, un portrait sonore immersif composé à partir des sons recueillis dans le Château et autour de lui : portes, pas, voix, oiseaux, trains, avions, bruissement des feuilles et présence continue de la Méditerranée.

Plus de douze heures d’enregistrements ont été réalisées au cours de trois résidences, entre novembre 2024 et février 2026. Un microphone ambisonique captant le son à 360 degrés restitue au casque la profondeur et les mouvements acoustiques des espaces.

Ces sons nous accompagnent chaque jour, mais nous finissons souvent par ne plus les entendre. En les replaçant au premier plan, Shawn Pinchbeck fait du Château à la fois le sujet, la matière et l’espace d’écoute de son œuvre. Les visiteurs, les artistes et les équipes qui l’animent en sont aussi, parfois sans le savoir, les interprètes.


Le Château en partage

Un drapeau porté par le vent, une rainette apparue dans une peinture, une porte devenue matière sonore : chaque création révèle une nouvelle dimension du Château. Patrimoine, paysage et pratiques contemporaines s’y rencontrent dans un espace d’hospitalité, de liberté et d’expérimentation.

Mise en abyme est présentée jusqu’au 20 septembre 2026.

Tout l’été, Murmures du Château est accessible à l’écoute les mercredis pendant les nocturnes et les dimanches après-midi, dans le salon du Château.